“Notre capacité collective à remettre en cause des acquis et s’interroger sur nos pratiques quotidiennes a été une force”

Témoignage d’un acteur clé de la lutte contre le gaspillage alimentaire : la caisse des écoles du 14ème arrondissement de Paris. Sophie Taillé-Polian, directrice et Émilie Gasc, diététicienne à la caisse des écoles du 14 reviennent sur l’étude menée avec Love Your Waste.

La semaine de pesée dans deux écoles primaire du 14e arrondissement en collaboration avec Love Your Waste a été très positive d’une part parce cela a permis de savoir ce qu’on jetait et d’en déduire un plan d’action pour réduire le gaspillage alimentaire. Par ailleurs, cela a permis d’impliquer tout le monde dans un projet fédérateur et porteur de sens.

 

Sophie Taillé-Polian et Emilie Gasc à la Mairie du 14ème arrondissement

 

Les résultats de la semaine de pesée des restes alimentaires vous ont-ils surpris ?

Sophie Taillé-Polian : Les résultats n’ont pas été surprenants, la quantité de gaspillage était importante. On était plus surpris sur certains composants comme par exemple le pain. Il s’est avéré que certains jours, on jetait 40% de ce qu’on achetait.

Émilie Gasc : L’aide de Love Your Waste a été bénéfique pour fédérer et nous donner des clés de réflexions. On aurait sûrement moins perçu les enjeux et les leviers d’actions seuls.

 

Quels bénéfices tirez-vous de ces actions ?

Sophie Taillé-Polian : Nous sommes fières d’avoir réussi à remettre en cause des habitudes professionnelles, d’avoir pris du recul sur nos actions au quotidien. Nous avons remis en cause des conforts de pensées, des savoir-faire qui datent. Notre capacité collective à remettre en cause des acquis et s’interroger sur nos pratiques quotidiennes a été une force et a abouti au constat que les choses doivent et peuvent changer. C’est un exercice compliqué – en plus de demander de la logistique et du temps – car les résultats auraient pu être très mauvais (constat alarmant, démotivation des équipes aux vues des résultats des pesées).

La démarche se voulait modeste. Nous avons pesé chaque jour, pendant une semaine, ce qu’il restait de la préparation et sur les plateaux, par type de déchet. Love Your Waste a ensuite analysé les résultats puis constaté la marge de progrès à réaliser. Ensemble, nous avons décidé des actions que l’on pouvait mettre en place à notre niveau. Il est important de souligner que ce sont des petites actions un peu partout qui feront fleurir une dynamique plus large pour construire une société durable à toutes les échelles : la ville, ses entreprises, ses établissements publics, ses citoyens.

Émilie Gasc : La grande surprise était de voir comment la démarche a mobilisé l’ensemble de l’équipe, sur le terrain, dans les cuisines mais aussi dans les bureaux de la caisse des écoles. Tout le monde a participé volontairement aux pesées, aux visites des cuisines et aux ateliers de réflexion pour améliorer les commandes, les préparations des repas, la gestion des stocks, etc. C’était extraordinaire de voir comment l’initiative a été mobilisatrice et comment elle a apporté un engagement nouveau, une implication renouvelée dans notre quotidien. Le projet a été très fédérateur.

 

Quelle suite donnez-vous à l’initiative ?

Sophie Taillé-Polian : A présent, nous mettons en oeuvre le plan d’actions élaboré : réduction de la commande de pain, travail sur les recettes, sélection de nouveaux morceaux de viande pour de meilleures saveurs, amélioration de la présentation des assiettes pour le plaisir visuel. Nous referons une pesée d’ici quelques mois pour constater les évolutions.

Emilie Gasc : En effet, cette étude devra être renouvelée car elle nous permet de mieux voir la réalité des cuisines et des réfectoires et de nous fixer de nouveaux objectifs pour nous améliorer. Dans le futur, on espère co-construire davantage avec les animateurs des écoles ainsi que des équipes enseignantes. L’intégration de l’ensemble des acteurs dans ce genre de projet permettra d’aller encore plus loin pour lutter durablement contre le gaspillage alimentaire.

Pour plus d’informations : www.de14.fr

 

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